C’est l’hécatombe : dix-huit journalistes ont récemment claqué la porte de Marianne en faisant jouer leur clause de conscience.
Désaccord sur la nouvelle ligne éditoriale de CMI
Il y a parmi eux des incontournables du titre : dix-huit salariés de l’hebdomadaire Marianne ont fait jouer leur clause de conscience et annoncé en interne quitter la rédaction. C’est le président de CMI France, propriété de Daniel Křetínský, qui a invité les journalistes en désaccord avec la nouvelle ligne éditoriale du journal à opter pour ce départ aux conditions plutôt avantageuses. Si l’on en croit La Lettre, le CSE de Marianne aurait affirmé avoir « eu écho de pressions visant [à] pousser certains salariés à prendre leur clause de conscience », dans un mail du 10 février dernier. Après le rejet de l’offre d’achat du magazine par Jean-Claude Delgènes, la proposition de clause de conscience n’a pas expiré ; les journalistes pourront l’employer jusqu’à la fin de l’année et même bénéficier d’un bonus (moins avantageux que pour la précédente) d’ici à la fin mars.
Des anciens qui se font la malle
Les arrivées de Frédéric Taddeï (prévue pour le début du mois de mars) et d’Ève Szeftel, ancienne du quotidien Libération, ont-elles été à l’origine du désaccord des salariés ? Avec ce départ massif, Marianne perdrait en effet près d’un tiers de sa rédaction, dont des personnalités implantées de longue date dans le journal. Parmi eux, Gérald Andrieu, qui fut rédacteur en chef et grand reporter au sein de l’hebdomadaire, est retenu par Ève Szeftel qui souhaite le conserver dans l’équipe. Il faudra que la nouvelle directrice de la rédaction propose un poste plus alléchant que celui que le journaliste est en train de négocier auprès de Midi Libre, en tant que conseiller éditorial. Il fallait sans doute y penser, avant de supprimer le poste de directeur adjoint de la direction du principal intéressé…
Un autre historique de la rédaction, Périco Légasse, qui écrivait depuis la création du journal dans les colonnes de Marianne et par ailleurs époux de Natacha Polony, a également annoncé qu’il ferait jouer sa clause de conscience.
Saignée aux services investigation et international
Parmi les plumes sur le départ, on compte également le journaliste Marc Endeweld, qui n’est pas à l’abri de revenir dans quelques années puisqu’il aurait déjà quitté la rédaction de Marianne à l’automne 2018 lorsque le titre fut racheté par Daniel Křetínský et que Natacha Polony avait pris la tête de la rédaction… avant de revenir en 2024. Sa consoeur Vanessa Ratignier, connue pour son travail sur l’affaire Clearstream aux côtés de Pierre Péan, aurait également annoncé son départ. Sans doute quittent ils le navire face à la réduction de place accordée aux enquêtes depuis la reprise en main du contenu éditorial par CMI France en décembre dernier.
Même inquiétude du côté du service international de l’hebdomadaire, qui voit partir ses journalistes Stéphane Aubouard, Quentin Müller et Alain Léauthier. Le dernier des Mohicans du service monde, Anne Dastakian, devrait quant à elle quitter le navire à la fin de l’année.
La « reprise en main éditoriale » de CMI France, cause de la vague de départ ?
Si l’on en croit la tribune publiée le 13 février 2025 dans Le Monde par un ensemble de salariés de l’hebdomadaire qui soutenaient la proposition de rachat du cabinet Technologia, c’est surtout la reprise en main éditoriale de CMI qui apparaît contestable. « Il nous faudrait être moins critiques avec « les pouvoirs », plus souples sur les sujets européens et « transatlantiques », mais aussi plus « probusiness », déploraient-ils alors. « En clair, le projet de CMI consiste en une gestion peu enthousiasmante de notre fin de vie. La courbe des ventes chute, chutons avec elle… » À ce projet, les journalistes préféraient un rachat qui leur aurait, selon eux, garanti une certaine indépendance. Le lendemain, le président de CMI France leur répondait, si l’on en croit La Lettre, que « Marianne se serait pas vendu » et que « chacun doit maintenant en tirer les conséquences en conscience ».
Rodolphe Chalamel