Les lecteurs de l’Observatoire du journalisme, ou de manière plus globale quiconque s’intéresse à la santé de la presse sait que le papier seul n’est désormais plus rentable. Les exemples de pertes financières causées par la presse papier au sein d’un groupe de presse sont légion. Nouvelle illustration de cette situation avec le pôle news du Figaro.
15M€ de pertes en deux ans
C’est La Lettre qui nous apprend, s’appuyant sur un document transmis au CSE du pôle news du Figaro le 4 février 2025, la situation financière délicate du pôle. Depuis deux ans la structure enregistre des pertes financières conséquentes. En 2023, le chiffre d’affaires s’élevait à 197,6 millions d’euros pour une perte d’exploitation de 8 millions. En 2024, le chiffre d’affaires baisse à 196,9 millions d’euros quand les pertes s’élèvent à 7 millions. Ces mauvais chiffres comprennent les titres suivants : Le Figaro, Le Figaro.fr, Le Figaro Magazine, TV Magazine et enfin Le Figaro TV.
C’est ce dernier titre qui explique en partie ces mauvais chiffres. Le lancement en 2023 du Figaro TV sur le canal 34 en Île-de-France a engendré des pertes financières, près de 5 millions en 2024. Cependant Marc Feuillée, directeur général du groupe Figaro, et Bertrand Gié, directeur du pôle news, contestent ces chiffres. Les deux hommes avancent que le groupe est bénéficiaire si l’on inclut les chiffres de Madame Figaro ainsi que les activités hors-séries.
Ce constat confirme un élément facilement observable : ce n’est plus par la presse papier que les gens s’informent. Pourquoi aller au kiosque quand sortir son téléphone de sa poche donne la même chose ?
Économies en vue
Logiquement ces chiffres entraînent des économies à venir. Douze suppressions de postes sont prévues en 2025. C’est une situation qui semble générale dans la presse. Il y a quelques temps, nous évoquions une situation semblable chez Konbini. En 2025, la presse papier française ne peut survivre que par les injections régulières de liquidités provenant des poches d’un riche mécène (en capital ou en prêt) ou de l’État (subventions). Libération ou Le Monde en sont deux parfaits exemples. Sans ces soutiens, des décisions radicales doivent êtres prises. 20 Minutes a dû supprimer en 2024 l’édition de son journal papier faute de soutiens financiers suffisants.
Le Figaro est également victime de l’augmentation des coûts. En 2018, un numéro papier coûtait 49 centimes à fabriquer, en 2024 c’est 85 centimes. Avec un coût qui quasi double quand le lectorat baisse dans les mêmes proportions, la presse papier n’est plus rentable. Comme souvent, c’est grâce au Web que Le Figaro continue à augmenter le nombre de ses lecteurs.
Corentin Catel