Acculée par des audiences en berne, des départs en série mais surtout une chaîne CNews plus en forme que jamais, BFMTV décide de « se réinventer ». En optant pour un changement de « cap éditorial », largement propulsé par le nouveau propriétaire de la chaîne Rodolphe Saadé, BFMTV espère pouvoir, non sans mal pour le moment, repasser devant la chaîne d’info du groupe Bolloré.
CNews +383% en 7 ans
La nouvelle était attendue, mais elle a tout de même sonné comme un coup de tonnerre dans le Landerneau des journalistes télé. Fin 2024, CNews, devenue pour la première fois de son histoire la première chaîne d’info française en mai 2024, a confirmé sa montée en puissance en devenant, sur un an, et toutes chaines confondues, celle qui a le plus progressé sur l’ensemble du public.
En l’espace de seulement 7 ans, la chaîne affiche ainsi une hausse d’audience de 383 %. Un record. De quoi donner des palpitations au mastodonte BFMTV qui, passés la douche froide et les départs en série, a décidé d’opérer un virage radical à la faveur de son rachat par le milliardaire Rodolphe Saadé qui, après avoir déboursé 1,5 milliard d’euros pour s’offrir la chaîne, entend bien dégager un retour sur investissement.
En finir avec les « toutologues »
Son objectif ? Repasser devant CNews, et vite. Et pour ce faire, Fabien Namias, le directeur général de BFMTV venu « participer à la reconquête qu’entreprend BFMTV », a décidé de passer un gros coup de balai sur une formule qui séduit de moins en moins, en témoignent les audiences en berne enregistrées par la chaîne.
Dans une enquête réalisée par Télérama, on apprend ainsi que la direction de la chaine souhaite désormais « remettre la rédaction et l’information au centre de la ligne éditoriale ». En clair : « faire plus d’infos et moins de bla-bla » en commençant par « en finir avec les “toutologues”, ces éditorialistes qui commentaient tout type de sujet ».
Voir aussi : BFMTV : la grande débandade
Longtemps, pour contrer CNews, l’ancienne direction a misé sur de longs plateaux débats exploitant régulièrement, en édition spéciale, de nombreux faits divers. « Un glissement mal vécu en interne », révèle Télérama.
Désormais, BFMTV veut « réaffirmer son ADN : l’information, le reportage et le direct » . « Les talks doivent trouver leur place dans des cases clairement définies, et ne plus chercher à susciter des débats en permanence, ce qui a pu nous être reproché », abonde en ce sens Camille Langlade, directrice de la rédaction de BFMTV, qui reconnaît, dans les colonnes du Point, que de nombreux intervenants ont régulièrement été amenés « à commenter des actualités dont ils n’étaient pas spécialistes ».
Une nouvelle grille
Mais le virage éditorial de BFMTV ne s’arrête pas là. Depuis le 6 janvier 2025, la chaîne propose en effet, selon ses mots, « un grand rendez-vous d’information », le 20 heures de Maxime Switek, comme une « alternative » aux grandes chaînes traditionnelles.
Là encore, le nouveau jouet de Rodolphe Saadé espère titiller la concurrence et proposer une formule innovante prompte à défier sa concurrente CNews. Pour l’heure, ils ne jouent pas dans la même cour et BFMTV reste à la traîne : « son JT rassemble en moyenne autour de 220 000 téléspectateurs chaque soir pendant que celui de France 2 en capte entre 3,5 et 4 millions et TF1, plus de 5 millions » rappelle Télérama.
Sans compter que CNews se révèle plus en forme que jamais. En janvier 2025, indique Médiamétrie, la chaîne d’info a en effet établi un record historique pour un mois de janvier en arrivant en tête des audiences 23 jours sur 35 sur la période s’étendant du lundi 30 décembre 2024 au dimanche 2 février 2025.
Betty Douanel